Liberté(s) d’expression au Maroc

Depuis quelques mois, il y a quelque chose de pourri au Maroc, une sorte de vague contre la presse indépendante, où les procès se suivent avec de la prison et/ou des amendes pharamineuses. [Pour un résumé, je vous invite à consulter le billet de Larbi.org : Press freedom under fire in Morocco]

Ces procès concernent souvent des supports de la presse indépendante et sont synonymes de leur arrêt de mort.  La majorité des condamnations, parfois illégales, concernent de près ou de loin la monarchie, l’institution, la famille royale ou le Roi.

Tout d’abord, je pense que chaque personne, physique ou morale, a le droit de s’exprimer librement, dans le respect de la loi.  Ces procès sont donc des atteintes claires à la liberté d’expression au Maroc, toutefois je souhaite relativiser la dangerosité de la situation.

Tous ces procès sont arrivés après la publication des articles incriminés, et dans un sens le mal était déjà fait. Internet a pris le relais pour diffuser de manière plus large ces articles. L’Etat, à travers son intervention tardive, n’a fait que promouvoir d’une certaine manière cette diffusion :  je pense notamment au sondage interdit de Le Monde/Telquel  ou la caricature sur le prince Moulay Ismail.  Le saisie  d’Akhbar Al Yawm à propos d’une caricature du prince Moulay Ismail est arrivée après la récupération des journaux non vendus, et cette caricature a été très largement relayés à travers le Web.

Et c’est là le but de mon billet : la liberté d’expression de la presse indépendante est certes menacée en ce moment, mais celle encore plus grande des marocains sur  le Web ne l’est pas.
Le Web est devenu un outil puissant dans la réalité marocaine. Les réseaux sociaux, les blogs, les forums connaissent une liberté de ton qu’on ne trouve pas sur la presse et représentent un relai d’information extrêmement puissant.
C’est grâce au Web notamment que ces atteintes à la presse indépendante sont diffusés dans le monde,  et permettent ainsi à travers la pression internationale (politique ou journalistique) de limiter les dégâts causés par l’Etat.

Le Web marocain est devenu tellement puissant que je suis convaincu que l’État, malgré tous ces procès, ne pourra jamais faire un retour en arrière, encore moins la soumission des marocains : le coût en est tout simplement élevé.

La liberté d’expression au Maroc a de beaux jours devant elle, et ces atteintes ne sont pour moi que les derniers souffles du Makhzen; des réactions avant qu’il ne cède définitivement.

Pour d’autres avis :

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2 commentaires

  1. Le 20 octobre 2009 à 21 h 03 min | Permalien

    Le net permet de diffuser l’information, mais la seulee diffusion de l’information ne permet pas de changer les comportements. Par ailleurs, sans comparer la situation actuelle avec les sanguinaires années de plomb – on en est loin, il faut avoir l’honnêteté de le reconnaître – en matière de presse, le pouvoir emprisonne pour des broutilles, alors qu’avant, c’était pour des attaques en règle contre la régime.

  2. kingstoune
    Le 20 octobre 2009 à 21 h 52 min | Permalien

    C’est clair que le pouvoir emprisonne pour des broutilles voire des débilités par rapport aux années de plomb. Personne ne peut le nier. [Le lien vers ton excellent billet rétrospective en est une preuve].
    Pour revenir à ton billet, je dirai que la presse osait de part la puissance des partis politiques qu’elle représentait.
    La faiblesse des partis politiques au Maroc a eu comme conséquence une presse indépendante qui fait la politique.

    Toutefois, malgré la dangerosité de la situation pour la presse indépendante, il me semble qu’il y a une liberté réelle d’expression sur le net (qu’elle soit politique ou autre): la preuve en est d’abord l’existence de quelques blogs, forums.
    Je suis peut être optimiste, mais je suis convaincu que le Web peut changer les comportements : le pouvoir a besoin de maintenir une image d’un havre de paix, et Internet bouscule le pouvoir car il représente une source d’information différente de la presse officielle et un relai de tout ce qui se passe au Maroc vers le Monde.
    Les exemples sont nombreux où ce qui se passe sur le net pousse le pouvoir à corriger le tir ou au moins réagir : sniper de targuist, la photo des voleurs dénudés, Mustapha ADIB, Mourtada, les différentes affaires Telquel …
    Certes cela reste limité, et il y a des dizaines d’affaires non connues au public, mais le pouvoir fait déjà attention à ses actions.
    A un moment donné comme je le disais plus haut, le coût sera trop élevé pour que le pouvoir espére la soumission de tout le monde.

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