Dani Rodrik – Fragilité des dictatures

Dani Rodrik est professeur d’économie politique à Harvard, il traite des questions de mondialisation et  de développement. Son blog est Unconventional thoughts on economic development and globalization. Dans le Project Syndicate, il parle des récentes révolutions en Egypte et en Tunisie arguant que le développement économiques n’est pas une garantie pour le maintien des dictatures. Le titre de l’article est The Poverty of Dictatorship, et en français La Fragilité des dictatures. Extrait en français puis en anglais :

L’annus mirabilis du monde arabe montre que réussite économique et politique ne vont pas nécessairement de pair. Il est vrai que la plupart des pays riches sont démocratiques, pourtant la démocratie n’est ni nécessaire ni suffisante pour garantir le développement économique à long terme.

Bien qu’ayant réalisé des progrès économiques, la Tunisie, l’Egypte et beaucoup d’autres pays du Moyen-Orient sont restés sous l’emprise de régimes autoritaires avec à leur tête des cliques corrompues s’appuyant sur le clientélisme et le népotisme. Leur classement en terme de développement humain est en décalage total par rapport à la corruption de ces régimes et au système policier sur lequel ils reposent.

Selon l’ONG Freedom House, avant la Révolution de jasmin « les autorités harcelaient, arrêtaient et emprisonnaient les journalistes, les blogueurs, les militants des droits de l’homme et les opposants ». L’Egypte se trouvait au 111° rang parmi 180 pays dans le classement 2009 sur la corruption réalisé par Transparency International.

Bien entendu la réciproque est vraie : l’Inde qui connaît la démocratie depuis son indépendance en 1947 n’a commencé à échapper à son minuscule « taux de croissance hindou » qu’au début des années 1980.

Les événements de Tunisie et d’Égypte montrent qu’une croissance économique rapide ne suffit pas à garantir la stabilité politique si elle ne s’accompagne pas du développement et de la maturation des institutions politiques. La croissance économique engendre une forme de mobilisation sociale et économique, source en elle-même d’instabilité politique.

[...]

One lesson of the Arab annus mirabilis, then, is that good economics need not always mean good politics; the two can part ways for quite some time. It is true that the world’s wealthy countries are almost all democracies. But democratic politics is neither a necessary nor a sufficient condition for economic development over a period of several decades.

Despite the economic advances they registered, Tunisia, Egypt, and many other Middle Eastern countries remained authoritarian countries ruled by a narrow group of cronies, with corruption, clientelism, and nepotism running rife. These countries’ rankings on political freedoms and corruption stand in glaring contrast to their rankings on development indicators.

In Tunisia, Freedom House reported prior to the Jasmine revolution, “the authorities continued to harass, arrest, and imprison journalists and bloggers, human rights activists, and political opponents of the government.” The Egyptian government was ranked 111th out of 180 countries in Transparency International’s 2009 survey of corruption.

And of course, the converse is also true: India has been democratic since independence in 1947, yet the country didn’t begin to escape of its low “Hindu rate of growth” until the early 1980’s.

A second lesson is that rapid economic growth does not buy political stability on its own, unless political institutions are allowed to develop and mature rapidly as well. In fact, economic growth itself generates social and economic mobilization, a fundamental source of political instability.

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