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Surveiller et punir : Naissance de la prison

Le délinquant se distingue de l’infracteur par le fait que c’est moins son acte que sa vie qui est pertinente pour le caractériser. L’opération pénitentiaire, si elle veut être une vraie rééducation, doit totaliser l’existence du délinquant, faire de la prison une sorte de théâtre artificiel et coercitif où il faut la reprendre de fond en comble. Le châtiment légal porte sur un acte ; la technique punitive sur une vie ; à elle par conséquent de reconsitituer l’infirme et le pire dans la forme du savoir ; à elle d’en modifier les effets ou d’en combler les lacunes, par une pratique contraignante. Connaissance de la biographie, et technique de l’existence redressée. L’observateur du délinquant « doit remonter non seulement aux circonstances, mais aux causes de son crime ; les chercher dans l’histoire de sa vie, sous le triple point de vue de l’organisation, de la position sociale et de l’éducation, pour connaître et constater les dangereux penchants de la première, les fâcheuses prédispositions de la seconde et les mauvais antécédents de la troisième. […] Derrière l’infracteur auquel l’enquête des faits peut attribuer la responsabilité d’un délit, se profile le caractère délinquant dont une investigation biographique montre la lente formation. L’introduction du « biographique »est importante dans l’histoire de la pénalité. Parce qu’il fait exister le « criminel » avant le crime et, à la limite, en dehors de lui. […]
A mesure que la biographie du criminel double dans la pratique pénale l’analyse des circonstances, lorsqu’il s’agit de jauger le crime, […] se forme cette notion de l’individu « dangereux » qui permet d’établir un réseau de causalité et à l’échelle d’une biographie entière et de poser un verdict de punition-correction.

Le délinquant se distingue aussi de l’infracteur en ceci qu’il n’est pas seulement l’auteur de son acte (acteur responsable en fonction de certains critères de la volonté libre et consciente), mais qu’il lié à son délit par tout un faisceau de fils complexes (instincts, pulsions, tendances, caractère). La technique pénitentiaire porte non pas sur la relation d’auteur mais sur l’affinité du criminel à son crime. Le délinquant, manifestation singulière d’un phénomène global de criminalité, se distribue en classes quasi naturelles, dotées chacune de ces caractères définis dans […]

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