Il fallait y penser, Casablanca et particulièrement la préfecture des
arrondissements Al Fida-Mers Sultan l'ont fait. Ils ont créé le
festival Zawaj, un peu à la mode de la très prisée émission Lalla
Laâroussa. Sauf que là, c'est du divertissement live, du concret, du
palpable. On peut s'y inscrire et on peut gagner des gros lots. Mais
surtout tout le monde fait la fête, puisque la noce est une grande
soirée de gala ouverte à tous.
Un
festival dédié au mariage en somme mais que la presse a réduit sans le
vouloir à son expression la plus sommaire. Bien évidemment, l'aspect
culturel de cet évènement n'est pas négligeable puisqu'il permettra aux
historiens de retracer l'évolution du mariage, l'épopée du caftan ou
encore rendre hommage à un quartier historique.
Mais au-delà des
paillettes, des réfrigérateurs et des pantoufles de vair, se cache une
ingénieuse opération.
Faire pleurer les gens de joie, au lieu qu'ils
pleurent de douleur. Derb Soltane, quartier au sang chaud, baignera, le
temps de ce festival, dans la joie, le partage, et la fête. Histoire de
rappeler que la vie c'est aussi de savoir en profiter dans la liesse,
sans pour autant culpabiliser.
Pas de se tapir derrière sa barbe, son
tchador, ses ruminations morbides ou tout simplement rester drapé dans
sa haine de l'autre. Et de
façonner des gens capables du pire. Certes,
ni la misère, ni les problèmes ne seront résorbés pour autant, mais
comme l'ont dit judicieusement nos anciens: «la
misère passe mieux
quand elle est enrobée».
Et puis, c'est aussi une grosse opération
commerciale qui permettra au quartier d'enregistrer du cash, l'autre
volet qui permet de retrouver le sourire.
Tout cela pour mettre
l'accent sur ce qui aurait pu passer inaperçu: inculquer de la joie au
lieu d'engendrer des poudrières. Tous les arrondissements et quartiers
défavorisés devraient en prendre de la graine. Toutes les villes et
régions devraient programmer des festivals Zawaj, loin d'être un
placebo contre des maux plus virulents. La considération de l'autre a
toujours bien payé. Alors soyons fous, faisons la fête.
Par Radia Lahlou sur
l'Economiste